JUGEMENT DERNIER
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,
Ce dimanche est le troisième du Triode de Carême, nous sommes à présent à la veille de ce Grand Carême et ce dimanche est appelé le dimanche du Jugement Dernier en référence à la parabole de l'évangile de saint Matthieu que nous avons entendue à l'instant.
Avant tout, cette parabole nous rappelle une chose. Elle nous rappelle que viendra un jour où chacun d'entre nous se retrouvera face à face avec le Dieu Vivant, un jour où chacun d'entre nous se retrouvera face à face avec son Créateur, et que, ce jour-là, le Jugement viendra sur nous. Cette parabole nous rappelle que chacun d'entre nous se tiendra devant son Créateur, devant Dieu qui est la Beauté même et qu'à ce moment nous nous rendrons compte à quel point, les uns et les autres, nous avons abîmé cette beauté que nous avons en nous et qui est à Son image. Lorsque nous nous tiendrons devant Celui qui a tant aimé le monde et qui aime personnellement chacun de nous, alors nous comprendrons le peu d'amour que nous lui avons donné en retour.
N'est ce pas cela le Jugement? N'est ce pas ce processus qui consiste à réaliser face à cette Beauté à quel point nous n'avons pas su justement lui répondre? Et ceci commence dès aujourd'hui, ce Jugement commence dès maintenant, ce processus doit avoir lieu tous les jours dans notre propre vie.
Tout d'un coup nous nous rendons compte qu'un homme, qu'une femme, nous aime, qu'il nous aime avec une telle profondeur et une telle constance tandis que nous, nous prenons cet amour, cette tendresse: nous recevons en don la vie de celui ou celle qui, de jour en jour renonce à soi-même pour nous, nous recevons cet amour comme un dû et comme un droit. Soudain il y a un jour où cette personne disparaît, un jour où cette personne s'en va, un jour où cette personne meurt et alors nous comprenons que soit nous n'avons pas su voir cet amour, soit nous n'avons su que prendre sans jamais donner, que recevoir sans jamais réellement offrir, ou si peu. Lorsque nous nous tenons ainsi devant notre propre jugement, il est tard, trop tard pour revenir en arrière et alors nous pleurons, alors que cet homme, cette femme, qui a tant aimé et qui s'est donné à nous, nous a pardonné depuis longtemps. Voilà longtemps qu'il nous a pardonné et, dans l'éternité, il se tient devant Dieu pour, reprenant les paroles mêmes du Christ, Lui adresser cette supplique « Père, pardonne-lui, il ne savait pas ou il ne sait pas ce qu'il faisait ».
Oui! Qu'il peut être terrible ce jugement pour nous-mêmes sur nous-mêmes! Prendre ainsi conscience que nous aurions pu répondre à cet amour et que nous n'avons pas su le faire ou que nous avons peut-être su le faire mais hélas si maladroitement, si légèrement, ou de façon si disproportionnée par rapport à ce qu'il nous est offert.
Oui! Ce jugement est bien plus terrible que n'importe quel jugement de ce monde. Et ce jugement sera, nous le savons car la parabole nous le dit. Ce jugement sera et il doit être, il a déjà commencé tous les jours, au jour le jour dans nos cœurs, au plus profond de nos cœurs, et c'est tout le sens du repentir auquel nous appelle l'Église en particulier pendant cette période de carême et de préparation au carême: Se mettre chacun personnellement mais aussi tous ensemble, toute la communauté face à notre Seigneur, et tendre de tout notre être vers Lui pour qu'en Sa présence nous nous renouvelions, nous nous purifions et nous renaissions.
Ce jugement ne repose pas sur notre façon de respecter la Loi - il ne s'agit pas de rejeter la Loi mais ce n'est pas la Loi qui est au centre de notre vie ce Jugement reposera fondamentalement, comme nous le rappelle la parabole d'aujourd'hui, sur la manière dont nous avons appris à aimer. Dieu n'exige rien de nous qui soit supérieur à nos forces.
« As-tu eu pitié de celui qui a faim ou qui a soif? As-tu eu pitié de celui qui est sans domicile sans travail, ou sans papiers? As-tu eu pitié si quelqu'un a été emprisonné? Ne t'es-tu pas écarté de celui-ci ou de celui-là de peur que ta réputation ne soit ternie ou ne soit abîmée? » Combien de questions de ce genre chacun d'entre nous pourrait se poser? Le Christ pose fondamentalement cette question « Avez-vous été humains, oui ou non? Avez-vous su être frères ou sœurs de ceux qui sont autour de vous, oui ou non? » Avez vous su être tout cela selon vos forces? Si oui, si vous l'avez su, alors une vie nouvelle s'offre à vous!
Pour être pleinement humain nous devons apprendre aussi, et avant tout, à vivre pleinement avec l'Unique qui nous offre la possibilité de co-participer de tout notre être, de toute notre intelligence, de tout notre cœur, au véritable et plein amour, à la véritable compassion, car ce n'est qu'en Lui qu'ils prennent réellement et pleinement leur sens. Tant que nous sommes séparés de Lui, nous pouvons toujours dans une certaine mesure offrir de la compassion, de la tendresse ou de l'amitié mais lorsque nous sommes séparés de Lui nous ne savons finalement rien de ce qu'est réellement l'amour: aimer de tout notre être, de toute notre vie et encore plus que cela, aimer de l'amour divin, aimer avec dans nos yeux le reflet de cet amour divin, aimer avec le don total de sa personne à l'image du don du Christ.
En définitive, peut-être serons nous jugés parce que nous n'avons pas su pleurer de notre séparation d'avec Dieu. Car sommes-nous seulement perturbés par cette séparation? Sommes-nous ne serait-ce que contrariés de cette séparation d'avec Dieu? Ne sommes-nous pas habitués à cette séparation? Saint Silouane décrit très bien les affres de cette séparation en parlant des larmes et des pleurs d'Adam: Adam s'ennuyait sur terre, dit saint Silouane, sur cette terre qui n'était pas bonne pour lui car Dieu lui manquait, et Adam disait « Mon âme se languit du Seigneur et de toutes mes larmes je Le cherche, comment ne puis-je pas Le chercher lorsque j'étais avec lui mon âme était pleine de joie et de calme! Où es-tu Seigneur, où es- tu ma lumière? Pourquoi as-tu caché Ta face de moi? Mon âme ne te voit plus, où es-Tu Seigneur? Pourquoi ne te vois-je plus dans mon âme, qu'est-ce qui T'empêche d'être présent en moi?» Et profondément saint Silouane fait ces paroles siennes nous aussi faisons ces paroles nôtres!
A chacun d'entre nous le Seigneur, à un moment ou à un autre de notre vie, se révèle; chacun d'entre nous a vécu dans sa vie des instants où il s'est senti proche et comme empli du Seigneur; à chacun d'entre nous le Seigneur a offert de ressentir de vivre l'expérience de la proximité avec Lui, cette expérience qu'a vécue Adam, qui était pleinement avec le Seigneur et qu'il a dû quitter.
A chaque instant de notre vie, essayons de tendre essayons de retrouver cette proximité. Il n'est jamais trop tard, et ça c'est important. C'est important de savoir qu'il n'est jamais trop tard comme nous le disait la parabole du "fils prodigue" de la semaine dernière, alors nous aussi faisons demi-tour comme ce fils prodigue, revenons en arrière, remettons-nous en marche! Relevons-nous et recommençons inlassablement à nous relever et à marcher vers notre Père! C'est à cette réconciliation avec notre Créateur, c'est à cette réconciliation avec l'Unique que nous invite l'Église en nous proposant cette parabole à la veille du Carême. Amen
Archiprêtre Michel Seliniotakis
DIMANCHE DE L'ORTHODOXIE
(25 FEVRIER 2007)
Quelle est la plus belle représentation du Christ? D'après une tradition le visage du Christ s'imprima sur une étoffe. En fait, cependant, l'image du Christ Sauveur s'est fixée de la même manière en un lieu. Et ce lieu est l'Orthodoxie. Ce n'est pas un hasard si le Dimanche de l'Orthodoxie est associé aux icônes, précisément à la restauration des saintes icônes.
Les iconoclastes ont déformé la vérité. Ils appelaient idolâtre l'Eglise qui combattit et fut combattue par les idolâtres. Pourquoi? Parce qu'elle s'inclinait devant les icônes, pour marquer son respect.
Mais celui qui repousse les icônes repousse « le Christ qui s'est fait chair ». Il nie l'incarnation du Christ. L'incarnation a donné du Christ qui était la Parole et Dieu, «image du Dieu invisible» une représentation humaine, celle de l'homme parfait.
Les saints Pères ont durement combattu l'iconoclasme. L'Eglise grâce à d'éminents théoriciens en théologie, comme Saint Jean Damascène, et grâce aux combats de pieux hommes du peuple, résista au courant iconoclaste. Ainsi arriva le jour béni où les icônes bannies retrouvèrent leur place. C'est cet événement que nous fêtons le Premier Dimanche de Carême, sous le nom de Dimanche de l'Orthodoxie.
* L'Orthodoxie est en fête. L'Orthodoxie est la fidèle image du Christ.
* L'Orthodoxie a conservé la véritable image du Christ, le véritable visage de celui qui s'est fait homme, le vrai Christ.
* L'Orthodoxie est l'iconostase des saints. Il n'existe pas d'Orthodoxie sans icônes.
* L'Orthodoxie œuvre au moyen de l'icône. Elle est un atelier d'icônes, notamment NON parce qu'elle peint de belles images byzantines, mais parce qu'elle fabrique avec« le pinceau de la Grâce »des icônes douées d'une âme. Hors de l'Eglise, les hommes deviennent répliques des bêtes sauvages, répliques des démons. A l'intérieur de l'Eglise, dans l'Orthodoxie ils deviennent les répliques du Christ, de saintes icônes.
Le Premier Dimanche de Carême l'Orthodoxie est en fête, notre Eglise, notre maison, notre mère notre tradition, notre commencement. Le ciel et la terre sont en fête, puisque le Ciel et la terre triomphante, le bras armé du Seigneur. L'Orthodoxie est une Eglise. Et elle est l'Eglise parce que celle -ci possède la tradition Apostolique .Une chaîne en or nous relie directement aux Apôtres. Ce que les Apôtres ont reçu du Seigneur, nous aussi nous le croyons. «Ainsi nous pensons, ainsi nous disons ».
Parce que l'apostolicité est le signe de l'authenticité de l'Orthodoxie, les saints Pères ont fixé le Dimanche de l'Orthodoxie pour la lecture du passage de l'Evangile sur l'appel aux premiers Apôtres.
Celui qui veut voir si l'eau qu'il boit est pure, remonte à la source. L'eau jaillit-elle directement de la source ou d'autres facteurs sont-ils intervenus, modifiant sa composition? Ainsi, nous aussi, nous cherchons et nous voyons que l'eau de la Foi, que nous dégustons, n'est pas altérée. Elle sort directement de la source. Et la source est l'Eglise Apostolique ... Si l'eau de la Foi, de l'Orthodoxie d'aujourd'hui, nous l'observons dans le laboratoire de chimie de la tradition Apostolique, nous verrons ce qui est authentique et ce qui est pur. C'est la même eau de l'Esprit saint qui a désaltéré des millions d'âmes, de martyrs et de saints.
« Suis-moi»
Voyons comment s'est formé le groupe des Apôtres du Christ qui constitua le levain de l'Eglise Apostolique. Qu'est-ce qui attira les Apôtres auprès du Christ? Deux injonctions.
La première, le Christ l'adresse aux Disciples. La deuxième, les Disciples l'adressent aux autres hommes.
Le Christ-Les Apôtres-Des Missionnaires
Ainsi se répandit l'Eglise .Le Christ appelle les Apôtres et les Apôtres appellent les hommes par la mission.
La première injonction du Christ: « Suis-moi ».
Le Christ se rend en Galilée. Il voit Philippe. Il ne lui dit que deux mots: « Suis-moi ». Aussitôt Philippe abandonne tout et Le suit. Un mot a suffi. Le pêcheur expérimenté se donne beaucoup de mal pour prendre du poisson de qualité? Le Grand Pêcheur, Jésus, jette l'hameçon une fois et il ramène un disciple de choix, Philippe. Pour cela aussi, le Grand Pêcheur est extraordinaire:
*I1 pêche pour que les Disciples pêchent.
*Pêcheur de Disciples, pour en faire des pêcheurs d'hommes. «Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes».
*Avec un mot seulement? Mais quoi, le clou a-t-il besoin de philosophie, d'arguments, pour aller vers l'aimant?
L'aimant ne parle pas, il attire. Le Christ est l'aimant par excellence. Toute âme d'élite, tout être noble est attiré par le Christ, s'attache au Christ.« Mon âme est attachée à toi».
Il n'y a que la boue pour ne pas être attirée, séduite par la splendeur du Christ.
Avez-vous jamais vu le fumier être attiré par l'aimant? Ne soyons donc pas émus si beaucoup d'hommes ne sont pas attirés par l'aimant céleste, par Jésus -Christ. Le Christ est le point de l'attraction universelle.
Par une seule parole, «Suis-moi », le Christ a réussi à attacher à ses pas un disciple dévoué, Philippe. Mais le fil, pour prendre le courant, a grand besoin d'être au contact du générateur? Le courant ne parle pas. Il attire, il transmet, il électrise. Les Apôtres furent de minuscules fils, des hommes insignifiants avant d'être appelés, mais au premier contact avec le courant, avec le Christ, ils furent galvanisés. Mais ils ne furent pas seulement et simplement galvanisés.
Quand une unité importante reçoit le courant de la génératrice, elle devient ensuite un transformateur. Elle amène le courant partout avec toutes ses énergies. Jésus Christ est générateur de courant divin. Il transmet le courant à Philippe. Le raccordement se fait avec le « Suis-moi ». Et Philippe à son tour devient transformateur. Il transmet la lumière à son ami Nathanaël. Comment? Avec deux mots que voici «Viens et vois ». Viens voir. A-t-on besoin d'autres mots? Quand quelqu'un est inébranlable dans ses certitudes, il n'hésite pas. Il ne se lasse pas de convaincre. Son talent est si grand que sa propre expérience devient un feu qui embrase aussi les autres.
La séduction des âmes est affaire d'amour. Si on aime son ami, comme Philippe Nathanaël, la première chose qu'on va lui donner est le Christ. La première joie qu'on lui transmettra est la découverte et la révélation du Christ. « Philippe trouve Nathanaël et lui dit: nous avons trouvé Jésus de Nazareth le fils de Joseph »
La joie ne se cache pas, elle se transmet. La joie qui ne contient pas le message du Christ n'est pas la joie. Viens voir! Il suffit qu'on soit sincère. Pour cela, Nathanaël était digne de Le voir. Puisqu'il était pur. « Un véritable Israélite qui est sans faute ».
Viens voir
Message publicitaire de notre époque. «Viens ...». Ils appellent tous. Tous les diffuseurs du monde nous invitent. Les propositions sont très alléchantes. Sirènes modernes éveillant la curiosité pour l'inconnu et l'aventure. Et les gens? Ils courent, ils suivent docilement l'abondante publicité. Et ils font confiance à des amis douteux.
Faudra-t-il que l'homme s'arrête au-dessus du gouffre, au bord du précipice, pour que nous intervenions? Il est nécessaire qu'aux appels du monde nous opposions notre propre appel, l'appel lancé à Philippe.
Le monde nous allèche: «Venez !que du bonheur! C'est la fête sans limites ... Venez ! Le profit est facile. Profitez de votre jeunesse! Venez!... »Refrain d'une invite après une autre invite, qui cependant masque la mort.
Allons! Pour voir quoi? Que l'homme plonge dans la mort le plus tôt possible?
Vous avez pitié de la société? Appelez jeunes et vieux. Venez voir et savourer le Christ, la Vérité, et la Lumière.
Venez voir et chercher la seule réalité, l'Orthodoxie et le Christianisme.
Amen.
Archiprêtre Michel Seliniotakis
Délégué Orthodoxe pour le Sud de la France
RASSAMBLEMENT DE TOUS LES ORTHODOXES
EN L’EGLISE ORTHODOXE GRECQUE
« SAINT SPYRIDON »
Le 25 février 2007, en l’église orthodoxe grecque « Saint Spyridon » fut célébré le dimanche du Triomphe de l’Orthodoxie. L’Archiprêtre Michel SELINIOTAKIS, délégué par l’Assemblée des Evêques Orthodoxes en France, pour le Sud-est de la France, a invité tous les membres du clergé de la Région de toutes les Eglises, nationalités ou origines, en l’église «Saint Spyridon» pour la participation commune à la Divine Liturgie de Saint Basile.
En participant ensemble à la Sainte Eucharistie les chrétiens orthodoxes témoignent naturellement de leur unité indéfectible en Christ au sein de la Sainte Eglise orthodoxe.
En ce jour, la Divine Liturgie fut présidée par l’Archiprêtre Michel Seliniotakis (Patriarcat œcuménique de Constantinople), entouré par quatre autres prêtres, Archiprêtre Sotirios Paschopoulos (Patriarcat œcuménique de Constantinople) Archiprêtre Michel Philippenko (Patriarcat œcuménique de Constantinople), prêtre Marcel Sarkis (Patriarcat d’Antioche), et l’Hiéromoine Nicodème (Patriarcat d’Antioche).
Beaucoup des fidèles ont participé à cette cérémonie symbolique et significative.
A l’issue de la célébration festive, qui se déroula en grec, slavon, français, arabe, tous les participants clergé et laïques ont suivie le conférence de Sandrine Canari, dans la salle paroissiale. A l’issue de la conférence tous furent conviés à une réception offerte par la Paroisse Saint Spyridon , pour partager en ce jour la joie de l’unité dans la vérité de toutes les Eglises orthodoxes.
Homélie à la Paroisse Catholique du « Saint Laurent » du Var (06)
et de « Notre Dame de l’Assomption »
Le 10 mars 2007.
• Pour la Paix du monde entier, la stabilité de la Sainte Eglise de Dieu et l’union de tous, prions le Seigneur.
• Ayant demandé l’unité de la foi et la communion du Saint-Esprit confions-nous les uns les autres, et toute notre vie au Christ, notre Dieu.
Voila ce que notre Eglise Orthodoxe, évoque dans sa Divine Liturgie, lors de tous ces Offices.
Cher père André, chers frères et sœurs dans le Christ,
«Béni soit le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ» (Ep 1,3).
« Béni soit le Dieu Trinitaire qui a guidé nos efforts pour rassembler nos Eglises sœurs en cette prière vespérale. C'est dans le même esprit de profonde action de grâce que nous sommes réunis ce soir.
Toute mission, tout service chrétien, toute la dévotion que les martyrs et les saints peuvent apporter, commence par la doxologie. C'est également par là que commence mon homélie: par l'adoration et par l'action de grâce à Dieu pour tout ce qu'il nous a donner.
«Si deux d'entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 19).
Cette assurance solennelle de Jésus à ses disciples soutient également notre prière. «Que tous soient un, pour que le monde croie ». Nous le faisons nous aussi aujourd'hui ici, en harmonie avec une grande multitude dans le monde. En effet, la prière «pour l'union de tous » concerne selon des formes, des temps et des modes différents, tous les Chrétiens, les catholiques, les orthodoxes et les protestants, rassemblés par la foi en Jésus Christ, unique Seigneur et Sauveur.
La prière pour l'unité fait partie de ce noyau central qui appelle «l'âme de tout l'œcuménisme», un noyau qui comprend précisément les prières publiques et privées, la conversion du cœur et la sainteté de vie. Cette vision nous ramène au centre de la question œcuménique qui est l'obéissance à l'Évangile pour accomplir la volonté de Dieu, avec son aide nécessaire et efficace. Nous informons les fidèles chrétiens en déclarant: «Plus étroite, en effet, sera leur communion avec le Père, le Verbe et l'Esprit Saint, plus ils pourront rendre intime et facile la fraternité mutuelle.
Les éléments qui, malgré la division persistante, rassemblent encore les chrétiens, offrent la possibilité d'élever une prière commune à Dieu. Cette communion dans le Christ soutient tout le mouvement œcuménique et indique le but même de la recherche de l'unité de tous les chrétiens dans l'Église de Dieu. Cela distingue le mouvement œcuménique de tout autre initiative de dialogue et de relations avec les autres religions et idéologies.
Les prières communes qui se déroulent dans le monde entier, en particulier au cours de cette période, expriment en outre la volonté d'engagement commun pour le rétablissement de la pleine communion de tous les chrétiens. Ces prières communes sont «sûrement un moyen efficace de demander la grâce de l'unité». Avec l’ affirmation, que dit Jésus à ses disciples, auxquels il assure que si deux personnes s'unissent sur terre pour demander quelque chose au Père qui est dans les cieux, il l'accordera «car», là où deux où trois sont réunis en son nom, il est au milieu d'eux. Après la résurrection, il assure encore qu'il sera toujours avec eux «pour toujours jusqu'à la fin du monde» (Mt 28, 20). C'est la présence de Jésus dans la communauté des disciples et dans notre prière, qui en garantit l'efficacité. Au point de promettre que «tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur terre sera tenu au ciel pour délié» (Mt 18, 18).
Une telle prière œcuménique révèle la réalité de notre fraternité dans le Christ, et nous pousse à confier à son amour miséricordieux l'avenir de notre unité et la consolidation des liens qui nous unissent déjà. Lorsque nous prions ensemble, nous le faisons «en aspirant à une Église de Dieu, une et visible, vraiment universelle, envoyée au monde entier pour qu'il se convertisse à l'Évangile et qu'il soit ainsi sauvé pour la gloire de Dieu. Nous sommes réunis dans une prière commune devant notre Père unique, en étant reconnaissants et en rendant grâce pour notre véritable, bien qu'imparfaite, communion. Nous développons notre conscience de tout ce qui nous unit, et nous acquérons le courage d'œuvrer avec toujours plus d'ardeur pour surmonter les divisions qui demeurent.
Le dessein du Père est de « ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres» (Ep 1, 10). Le manque d'unité parmi les chrétiens est clairement en contradiction avec ce dessein divin. Mais en vertu de la miséricorde du Père, l'Esprit Saint, en particulier au cours de ce siècle, a apporté un changement qui a conduit de nombreux chrétiens à prendre part au mouvement œcuménique, «non seulement pris un à un, mais aussi réunis en communautés dans lesquelles ils ont entendu l'Évangile».
La recherche de l'unité chrétienne n'a pas été entreprise uniquement pour des raisons pragmatiques ou de commodité. Tout simplement, nous savons que telle est la volonté de Dieu, et nous nous efforcerons de rendre gloire à son nom en lui obéissant.
Il y a plus des 40 ans, que l'Église catholique et l’Eglise Orthodoxe, poussées par l'Esprit Saint, se sont engagées avec détermination sur la voie qui devait conduire à la restauration de l'unité. C'est un voyage qui s'est révélé plus difficile que l'on ne le pensait au début. Malheureusement, nous devons faire face à des désaccords qui ont surgi depuis que nous avons entamé ce dialogue. Ce problème souligne clairement la nécessité d'atteindre un accord sur la façon dont l'autorité de l'Église discerne l'enseignement et la pratique qui constituent la foi apostolique qui nous a été confiée.
Les divisions entre chrétiens sont un signe d'infidélité à la volonté du Seigneur et jettent une ombre sur l'identité des disciples du Christ. Maintenant que nous sommes entrés dans le troisième millénaire, il nous faut montrer avec résolution l'engagement de l'Église dans la promotion de l'unité, car nous sommes conscients que si nous ne cherchons pas ardemment à être fidèles à l'intense prière du Seigneur «que tous soient un », nous risquons d'affaiblir notre identité chrétienne et notre crédibilité dans la proclamation de l'Évangile de paix et de réconciliation. La division des chrétiens souvent sépare des peuples vivant côte à côte, s'aimant réciproquement et, sur des points essentiels, partageant la même foi en Christ et dans le baptême.
Que le désir ardent de l'unité ait sa place dans nos activités pastorales. En particulier, continuons notre réflexion et notre engagement sur des thèmes d'intérêt commun en priant et agissant ensemble quand cela est possible! Car dans cet esprit un grand espoir favorisera une atmosphère fraternelle entre les Églises et les Communautés ecclésiales, afin qu'elles progressent sereinement, dans la confiance et le respect mutuel vers l'unité tant désirée.
Conscients de notre foi commune dans le Dieu Trinitaire, partagée dans le baptême, l'Église catholique et l’Église Orthodoxe recherchent des moyens de coopérer de façon toujours plus efficace dans la tâche de témoigner de l'amour divin de Dieu. Après 40 ans de collaboration fructueuse, nous nous réjouissons de poursuivre cet itinéraire d'espérance et de promesse, tandis que nous intensifions nos efforts en vue de parvenir à ce jour où les chrétiens seront unis pour proclamer à tous, le message salvifique de l'Évangile. Tandis que nous parcourons cette route ensemble, nous devons être ouverts aux signes de la Divine Providence et à l'inspiration de l'Esprit-Saint, car nous savons que « ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l'unité d'une seule et unique Église du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines. Nous ne plaçons donc notre confiance que dans la prière du Christ lui-même: «Père saint, garde mes disciples dans ton nom que tu m'as donné en partage, pour qu'ils soient un, comme nous-mêmes ». Amen.
Archiprêtre Michel Seliniotakis
Délégué pour l’œcuménisme
pour le Sud-est de la France
DÉCLARATION COMMUNE
ENTRE LE PAPE BENOÎT XVI ET LE PATRIARCHE BARTHOLOMAIOS I
« Voici le jour que le Seigneur a fait, qu'il soit notre bonheur et notre joie » (Ps 117, 24)!
La rencontre fraternelle que nous avons eue, nous, Benoît XVI, Pape de Rome, et Bartholomaios I, Patriarche Oecuménique, est l'oeuvre de Dieu et en quelque sorte un don venant de Lui. Nous rendons grâce à l'Auteur de tout bien, qui nous permet encore une fois, dans la prière et l'échange, d'exprimer notre joie de nous sentir frères et de renouveler notre engagement en vue de la pleine communion. Cet engagement nous vient de la volonté de notre Seigneur et de notre responsabilité de Pasteurs dans l'Eglise du Christ. Puisse notre rencontre être un signe et un encouragement pour nous à partager les mêmes sentiments et les mêmes attitudes de fraternité, de collaboration et de communion dans la charité et dans la vérité. L'Esprit Saint nous aidera à préparer le grand jour du rétablissement de la pleine unité, quand et comme Dieu le voudra. Nous pourrons alors nous réjouir et exulter vraiment.
1. Nous avons évoqué avec gratitude les rencontres de nos vénérés prédécesseurs, bénis par le Seigneur, qui ont montré au monde l'urgence de l'unité et qui ont tracé des sentiers sûrs pour y parvenir, dans le dialogue, la prière et la vie ecclésiale quotidienne. Le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras I, pèlerins à Jérusalem sur le lieu même où Jésus Christ est mort et ressuscité pour le salut du monde, se sont ensuite rencontrés de nouveau, ici au Phanar et à Rome. Ils nous ont laissé une déclaration commune qui garde toute sa valeur, soulignant que le vrai dialogue de la charité doit soutenir et inspirer tous les rapports entre les personnes et entre les Eglises elles-mêmes, « doit être enraciné dans une fidélité totale à l'unique Seigneur Jésus Christ et dans un respect mutuel de leurs propres traditions » (Tomos Agapis, 195). Nous n'avons pas non plus oublié l'échange de visites entre Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II et Sa Sainteté Dimitrios I. C'est précisément durant la visite du Pape Jean-Paul II, sa première visite oecuménique, que fut annoncée la création de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l'Eglise Catholique romaine et l'Eglise Orthodoxe. Celle-ci a réuni nos Eglises dans le but déclaré de rétablir la pleine communion.
En ce qui concerne les relations entre l'Eglise de Rome et l'Eglise de Constantinople, nous ne pouvons oublier l'acte ecclésial solennel reléguant dans l'oubli les anciens anathèmes qui, durant des siècles, ont affecté de manière négative les rapports entre nos Eglises. Nous n'avons pas encore tiré de cet acte toutes les conséquences positives qui peuvent en découler pour notre marche vers la pleine unité, à laquelle la Commission mixte est appelée à apporter une contribution importante. Nous exhortons nos fidèles à prendre une part active dans cette démarche, par la prière et par des gestes significatifs.
2. Lors de la session plénière de la Commission mixte pour le dialogue théologique qui s'est tenue récemment à Belgrade et qui a généreusement été accueillie par l'Eglise orthodoxe serbe, nous avons exprimé notre joie profonde pour la reprise du dialogue théologique. Après une interruption de quelques années, due à diverses difficultés, la Commission a pu travailler à nouveau, dans un esprit d'amitié et de collaboration. En traitant le thème « Conciliarité et autorité dans l'Eglise » au niveau local, régional et universel, elle a entrepris une phase d'étude sur les conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l'Eglise. Cela permettra d'aborder quelques-unes des principales questions encore controversées. Nous sommes décidés à soutenir sans cesse, comme par le passé, le travail confié à cette Commission et nous accompagnons ses membres de nos prières.
3. Comme Pasteurs, nous avons tout d'abord réfléchi à la mission d'annoncer l'Evangile dans le monde d'aujourd'hui. Cette mission, « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19), est aujourd'hui plus que jamais actuelle et nécessaire, même dans les pays traditionnellement chrétiens. De plus, nous ne pouvons pas ignorer la montée de la sécularisation, du relativisme, voire du nihilisme, surtout dans le monde occidental. Tout cela exige une annonce renouvelée et puissante de l'Evangile, adaptée aux cultures de notre temps. Nos traditions représentent pour nous un patrimoine qui doit être partagé, proposé et actualisé continuellement. C'est pourquoi nous devons renforcer les collaborations et notre témoignage commun devant toutes les nations.
4. Nous avons évalué positivement le chemin vers la formation de l'Union européenne. Les acteurs de cette grande initiative ne manqueront pas de prendre en considération tous les aspects qui touchent à la personne humaine et à ses droits inaliénables, surtout la liberté religieuse, témoin et garante du respect de toute autre liberté. Dans chaque initiative d'unification, les minorités doivent être protégées, avec leurs traditions culturelles et leurs spécificités religieuses. En Europe, tout en demeurant ouverts aux autres religions et à leur contribution à la culture, nous devons unir nos efforts pour préserver les racines, les traditions et les valeurs chrétiennes, pour assurer le respect de l'histoire, ainsi que pour contribuer à la culture de la future Europe , à la qualité des relations humaines à tous les niveaux. Dans ce contexte, comment ne pas évoquer les très anciens témoins et l'illustre patrimoine chrétiens de la terre où a lieu notre rencontre, en commençant par ce que nous dit le livre des Actes des Apôtres, évoquant la figure de saint Paul, Apôtre des nations. Sur cette terre, le message de l'Evangile et l'ancienne tradition culturelle se sont rejoints. Ce lien, qui a tant contribué à l'héritage chrétien qui nous est commun, demeure actuel et portera encore des fruits dans l'avenir, pour l'évangélisation et pour notre unité.
5. Notre regard s'est porté sur les lieux du monde d'aujourd'hui où vivent les chrétiens et sur les difficultés auxquelles ils doivent faire face, en particulier la pauvreté, les guerres et le terrorisme, mais également les diverses formes d'exploitation des pauvres, des émigrés, des femmes et des enfants. Nous sommes appelés à entreprendre ensemble une action en faveur du respect des droits de l'homme, de tout être humain, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, du développement économique, social et culturel. Nos traditions théologiques et éthiques peuvent offrir une base solide de prédication et d'action communes. Nous voulons avant tout affirmer que tuer des innocents au nom de Dieu est une offense envers Lui et envers la dignité humaine. Nous devons tous nous engager pour un service renouvelé de l'homme et pour la défense de la vie humaine, de toute vie humaine.
Nous avons profondément à coeur la paix au Moyen-Orient, où notre Seigneur a vécu, a souffert, est mort et est ressuscité, et où vivent, depuis tant de siècles, une multitude de frères chrétiens. Nous désirons ardemment que soit rétablie la paix sur cette terre, que se renforce la coexistence cordiale entre ses diverses populations, entre les Eglises et entre les différentes religions qui s'y trouvent. Pour cela, nous encourageons l'établissement de rapports plus étroits entre les chrétiens et d'un dialogue interreligieux authentique et loyal, en vue de lutter contre toute forme de violence et de discrimination.
6. Actuellement, devant les grands dangers concernant l'environnement naturel, nous voulons exprimer notre souci face aux conséquences négatives pour l'humanité et pour la création tout entière qui peuvent résulter d'un progrès économique et technologique qui ne reconnaît pas ses limites. En tant que chefs religieux, nous considérons comme un de nos devoirs d'encourager et de soutenir tous les efforts qui sont faits pour protéger la création de Dieu et pour laisser aux générations futures une terre dans laquelle elles pourront vivre.
7. Enfin, notre pensée se tourne vers vous tous, les fidèles de nos Eglises présents partout dans le monde, Evêques, prêtres, diacres, religieux et religieuses, hommes et femmes laïques engagés dans un service ecclésial et tous les baptisés. Nous saluons en Christ les autres chrétiens, les assurant de notre prière et de notre disponibilité au dialogue et à la collaboration. Avec les paroles de l'Apôtre des Gentils, nous vous saluons tous: « A vous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ » (2 Co 1, 2).
Phanar, le 30 Novembre 2006.
Benedictus PP. XVI Bartholomaios I