Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

DIMANCHE DE LA SAINTE CROIX (11 mars 2007)

 

           

            Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

 

 

            En ce troisième dimanche de Carême, nous nous trouvons devant la Croix du Christ, plantée au milieu de l'Église, plantée au milieu du monde et qui devrait être plantée au milieu de nos cœurs. Comme le dit saint Paul, la Croix du Christ est une folie pour les Grecs, un scandale pour les Juifs et pour nous qui sommes appelés, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu!

 

            « Folie pour les Grecs » ou pour les païens, ce qui désigne ici le monde, le monde que j'appellerais 'post- chrétien', notre monde qui s'avance sur sa propre lancée et qui ignore ou rejette Dieu, qui s'enfonce dans son orgueil, sa suffisance, sa prétention à connaître et gouverner l'univers, à vivre finalement selon sa propre loi d'orgueil, de plaisir et de vanité. Folie donc pour les Grecs, Grecs de tous les temps. Il ne faut pas penser que nous sommes immunisés contre ce danger de considérer la Croix comme une folie. Il nous arrive, à nous aussi, de douter. Il nous arrive de trébucher, de nous tourner vers la sagesse du dehors, vers la philosophie, vers la science ou l'ésotérisme, tous systèmes de pensée qui prétendent pouvoir atteindre la sagesse, la connaissance de l'homme et à travers elle, atteindre à la connaissance de la divinité et de la création. Folie donc pour le monde et nous devons, nous, assumer que pour cette sagesse-là, la Croix du Christ demeurera toujours folie.

 

            « Scandale pour les Juifs », d'abord pour les Juifs du temps de saint Paul, parce que pour eux qui croyaient en Dieu, la Torah, la Loi qu'ils avaient reçue de Dieu était incompatible avec l'abaissement de Dieu, avec la souffrance de Dieu, avec ce que l'on appelle en français d'un nom grec la 'kénose', cette humiliation de Dieu qui descend jusqu'à nous, qui assume notre nature pécheresse - sans le péché -, et qui va, lui-même, ainsi, à travers l'obéissance au Père jusqu'à la souffrance, jusqu'à la Passion, jusqu'à la Croix et la mort sur la Croix. C'est un scandale pour les Juifs, pour les Juifs de tous les temps, parmi lesquels nous nous trouvons nous-mêmes. Là non plus, il ne s'agit pas de tomber dans un antisémitisme primaire et erroné: le judaïsme pour lequel la Croix du Christ est scandale, qui refuse la Croix du Christ, il est dans l'Église également. Il est dans l'Église lorsque nous cherchons à atteindre la béatitude, atteindre la joie, atteindre le paradis, atteindre la Résurrection sans passer par la Croix. Cette tentation dans l'Église est de tous les temps. C'est aussi la tentation de l'Église elle-même, une tentation que nous connaissons malheureusement trop bien dans l'Orthodoxie: l'Église cherche à s'installer en harmonie avec les puissances de ce monde: c'est l'Église-institution, l'Église-société, l'Église qui oublie qu'il n'y a pas d'autre couronne sur la tête du Christ que la couronne d'épines, d'autre trône pour le Christ que la Croix sur laquelle Il est cloué.

 

            C'est pourquoi nous devons accepter ce scandale de la Croix, ne pas craindre d'être les témoins de la folie du Christ, du scandale du Christ. Pour cela, il faut commencer par faire taire notre intellect, notre intelligence suffisante et glorieuse. Entrer dans ce scandale, c'est imprimer la Croix dans notre être tout entier, dans notre chair, dans notre corps, notre sensibilité, dans notre imagination si souvent impure, dans notre cœur si souvent dur, l'imprimer avec force au point d'en garder les traces, je dirais les stigmates. Car nous sommes cloués sur la Croix du Christ. Comme le dit saint Paul, par la Croix, je suis crucifié pour le monde et le monde est crucifié pour moi. Nous sommes cloués sur la Croix du Christ qui nous transperce jusqu'au tréfonds de notre être, jusqu'à en mourir. Pour que le Christ puisse vivre en moi, je dois moi-même tout d'abord mourir au vieil homme. Nous ne pouvons éviter d'assumer cela aussi, car alors, comme le dit aussi saint Paul, je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi.

            Le carême est ainsi jalonné de signes avant-coureurs de la Résurrection. L'Église perçoit notre fatigue et nous offre aide et encouragement en mettant devant nous, de temps en temps, la fin du chemin, la Résurrection. Que la Croix du Christ, gravée dans nos cœurs, soit pour nous comme une échelle qui nous conduise vers la Jérusalem céleste, dans une ascension infinie, à la suite du Sauveur:« Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa Croix et qu'il me suive ». Amen.

 

                                                                                                                                            

 

                                                                                                                   Archiprêtre Michel Seliniotakis

 

Tag(s) : #Culte Orthodoxe - Ορθόδοξη Λειτουργία

Partager cet article

Repost 0